En route pour Niigata

Après environ deux mois et demi passés à la capitale, il était temps pour moi de me mettre en route pour Niigata, une ville située au nord-ouest de l’île principale du Japon.

Quand je disais à mes amis tokyoïtes que c’était ma prochaine destination, les réactions étaient unanimes : « hein ?! Mais pourquoi ?! Qu’est-ce que tu vas fabriquer là-bas ? Il n’y a rien à faire ni à voir ! »

Sans qu’ils s’en rendent compte, cette réaction me confortait dans le choix de ma destination puisqu’elle sous-entendait qu’il n’y avait pas beaucoup de touristes. En effet, on ne demande jamais à un gaijin pourquoi il va à Kyôto ou à Ôsaka. J’avais eu ma dose à Tôkyô et je n’allais pas être mécontente de m’éloigner de la métropole grouillante.

Qui plus est, le riz de Niigata est réputé comme étant le meilleur du Japon et qui dit bon riz dit bon saké. Pas de foule, de la bonne chère et du bon alcool : me fallait-il d’autres raisons ?

En vérité, j’allais à Niigata tout simplement parce que j’y connaissais des gens.

J’avais fait la connaissance d’un couple de jeunes retraités francophiles il y a quatre ans quand j’étais fleuriste. Ils étaient venus dans la boutique où je travaillais et comme je n’avais pas parlé japonais depuis longtemps, j’avais sauté sur l’occasion.
Le courant était bien passé donc nous avions échangé nos coordonnées et communiquions régulièrement, en ne manquant pas une occasion de nous voir quand ils venaient en France. Quand je leur avais annoncé que je venais au Japon pour un séjour longue durée, j’avais été expressément invitée à venir séjourner chez eux.

Ce qui nous amène aux alentours de la mi-mai.

Les quelques jours avant le départ, j’étais toute contente et excitée à l’idée de découvrir cette région du Japon que je ne connaissais pas… Mais j’étais en même temps (comme bien trop souvent) stressée et effrayée à l’idée de repartir de 0 alors que je commençais à m’habituer à ma vie tokyoïte : allais-je trouver un boulot ? Est-ce que la cohabitation allait bien se passer ? Est-ce que l’introvertie que je suis allait pouvoir se ménager quelques petites plages de solitude ? Je les soupçonnais d’être tellement gentils qu’ils ne m’emmènent partout déguster de bonnes choses… Allais-je rentrer en France obèse ?

Finalement, le jour J, toutes mes craintes s’étaient envolées et la seule chose qui me pesait, littéralement, était le poids du sac à dos sur mes épaules. J’avais beau avoir laissé une partie de mes affaires chez Lo, je n’en revenais pas du poids de ces quelques vêtements. M’étais-je donc tant ramollie ? Je me fis l’effet d’une tortue et me demandai si leur lenteur caractéristique avait un lien avec le poids de leur carapace.

Une fois débarrassée de mon fardeau en soute, je pris place dans le bus pour cinq heures de route. J’étais idéalement installée, toute seule à l’avant avec plus de place pour mes jambes que je n’en avais eu dans l’avion.

J’avais le cœur gonflé d’enthousiasme à l’idée de ce nouveau départ et ne pas savoir de quoi demain serait fait : qui allais-je rencontrer ? Où allais-je aller ? Qu’allais-je faire ? Quand rien n’est prévu, tout est possible ! Je me sentais confiante. Je ressentais aussi beaucoup de gratitude envers le hasard de la vie pour m’avoir fait croiser la route d’autant de gens bien. Ai pense que je les attire parce que je suis moi-même une personne pas trop mauvaise. C’est peut-être vrai mais je suis convaincue que les rencontres sont dues pour une bonne part au hasard donc, aussi neuneu que ça puisse paraître, j’avais le sentiment qu’une bonne étoile veillait sur mon sort.

Je me dis que je devrais juste accepter la chance et les propositions amicales comme elles viennent au lieu de toujours tergiverser en me demandant si je suis à la hauteur ou si je le mérite.

Je savourais cette sensation tout en écoutant Elvis et les Smiths et en me perdant dans la contemplation du paysage qui défilait sous mes yeux. Il faisait beau et les montagnes s’étendaient à perte de vue, certaines avec des villes construites en leur flanc.
La végétation offrait à l’œil un large panel de nuances de vert et elle était tellement dense sur les montagnes qu’on les aurait crues recouvertes de mousse. Leur sommet se reflétaient dans l’eau des rizières en contrebas, alimentées par des rivières sinueuses…

Le bus finit par s’engager dans un très long tunnel et quand enfin il en sortit pour déboucher dans la préfecture de Niigata, l’ambiance avait radicalement changé : un voile brumeux recouvrait tout, les sommets se perdaient dans les nuages, l’air était chargé du parfum des cèdres, exhalé par la moiteur tellement lourde qu’on pouvait la ressentir à travers les vitres du bus. En faisant abstraction de l’autoroute et des quelques constructions humaines qui la jonchaient, on aurait pu se figurer un paysage de la Terre à ses débuts. Le concept du Yin/Yang chinois existe au Japon sous le nom d’Omote/Ura et s’applique à toute chose, notamment aux façades maritimes.
Le territoire japonais est divisé en deux parties : celle qui donne sur le Pacifique est qui est industrialisée et ouverte sur l’étranger (omote) ; et celle qui donne sur la Mer Intérieure, plus rurale et moins développée (ura). J’avais passé la frontière invisible qui sépare ces deux Japon.

J’arrivai au crépuscule, et quand Yûji-san vint à ma rencontre avec un grand sourire et en me tapotant énergiquement le bras pour m’accueillir, je sentis d’instinct que j’allais me sentir à l’aise chez eux et apprendre énormément à leur contact.

5 commentaires sur “En route pour Niigata

  1. Tres bonne disposition d’esprit que la tienne pour voyager! Je reviens sur ton : « je suis convaincue que les rencontres sont dues pour une bonne part au hasard » pour te rappeler ce qu’un certain Albert Einstein se plaisait a dire malicieusement : « Le hasard est le chemin que Dieu emprunte quand il veut voyager incognito ». C’est pas merdé, Bebert.
    Bon, where next?

    Aimé par 2 personnes

  2. I fully agree to remain open minded about meeting people and seeing where the wind takes you.

    I met a very nice chap one day at Times Square. Being insomniac and on jet lag… it was roughly 3:30 AM when the most charming fellow came to me in the nicest fashion and shook my hand. I could not believe New Yorkers were so friendly. This fantastic sensation lasted all of 2 seconds when I noticed that while shaking my hand, he tried to give me a small plastic bag with some sort of powder in it…. I do not think it was sugar.

    I pulled my hand away…. just as we were both greeted by a group of 4 police officers… who although extremely polite…had a much less heartwarming first contact with us…. and one of us left there with handcuffs….I’ll let you guess who it was.

    I’m glad that you seem to have come across much nicer people !

    Looking forward to the next read.

    PS : Regards to Francis, whose comments are also fun to read !

    Aimé par 1 personne

  3. I fully agree to remain open minded about meeting people and seeing where the wind takes you.

    I met a very nice chap one day at Times Square. Being insomniac and on jet lag… it was roughly 3:30 AM when the most charming fellow came to me in the nicest fashion and shook my hand. I could not believe New Yorkers were so friendly. This fantastic sensation lasted all of 2 seconds when I noticed that while shaking my hand, he tried to give me a small plastic bag with some sort of powder in it…. I do not think it was sugar.

    I pulled my hand away…. just as we were both greeted by a group of 4 police officers… who although extremely polite…had a much less heartwarming first contact with us…. and one of us left there with handcuffs….I’ll let you guess who it was.

    I’m glad that you seem to have come across much nicer people !

    Looking forward to the next read.

    PS : Regards to Francis, whose comments are also fun to read !

    PPS : Apparently, the comments I left with another account are not being published

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