Hakone

Hakone, c’est le nom d’une ville. Son nom s’écrit avec le kanji de la boîte et même s’il y a sûrement une allégorie ou un sens poétique derrière, j’arrive pas à voir au-delà et ça me fait toujours bien rigoler. Chacun son humour douteux. Bref.

J’avais envie de faire un peu de tourisme dans le Kantô avant de partir pour le Chûbu, la région du nord où se trouve Niigata.

J’avais donc opté pour Hakone, ville montagneuse réputée entre autres pour ses sources chaudes dues à la forte activité volcanique de la région. La ligne ferroviaire qui relie Tôkyô à Hakone propose un passe très avantageux qui, pour environ 5000 yens, comprend un aller-retour, un accès illimité à tous les modes de transport sur place ainsi que des réductions dans certains endroits (restaurants, musées etc.) C’est d’autant plus avantageux que ce passe est valable deux jours consécutifs mais comme j’étais un peu à court de temps, je décidai de l’amortir en un seul.

C’est ainsi que je me levai à 5h30 et quittai la maison une heure plus tard.
Au-delà de la volonté de rentabiliser le passe, ce choix était aussi stratégique : en partant aussi tôt je voulais me donner une longueur d’avance sur le flot de touristes qui ne manquerait pas de se pointer.

Il faut croire que mon intuition était bonne puisque je passais les quelques deux heures de train qui me séparaient de ma destination entourée seulement de salarymen, de lycéens et de mamies randonneuses. Ça s’annonçait bien, d’autant que j’avais choisi sans le vouloir la plus belle journée de la semaine.

Ce qui me frappa d’abord en sortant du train dans la petite gare de Hakone-Yumoto, ce fut la densité de la végétation qui s’étendait à perte de vue. De la verdure à foison comme je n’en avais pas vue depuis mon arrivée au Japon. Quand on vit dans une grande ville comme Tôkyô, on a facilement tendance à oublier que le Japon est avant tout un pays montagneux où la nature prédomine. J’emplis mes poumons d’une grande bouffée d’air pur et frais et me mis en quête du bus pour rejoindre le lac Ashi et son sanctuaire.

Je le trouvai sans difficulté et embarquai pour quarante minutes de trajet supplémentaires pendant lesquelles j’eus tout le loisir de contempler le paysage. Décidément, ma rétine n’était plus habituée à une telle concentration de vert.
Le bus empruntait des routes de plus en plus sinueuses aux virages parfois très raides et je remerciai intérieurement la nature de m’avoir dotée d’un cœur bien accroché.
Je fus la seule à descendre à l’arrêt correspondant au sanctuaire, et fis quelques pas avant d’atteindre le lac Ashi dont l’étendue m’impressionna et la beauté me subjugua. L’eau était limpide et sa surface seulement troublée par les reflets irisés du soleil ou des montagnes qui entourent le lac. Quelques pépés pêchaient tranquillement près des pontons et l’homme assis dans la petite guérite de location de barques avait l’air de s’ennuyer ferme.

Le ciel était d’un bleu éclatant, seul le Mont Fuji avait décidé de faire sa diva en cachant son sommet derrière un petit voile nuageux.

J’entrai dans l’enceinte du sanctuaire en longeant une allée de vieux cèdres et atteignis en contrebas le célèbre torii rouge (portique délimitant symboliquement le monde profane du monde sacré) donnant sur le lac où il est solidement ancré et dont il émane une sorte de force tranquille. Ce spectacle avait quelque chose d’impressionnant et d’apaisant tout à la fois. Puis, les premiers cars arrivèrent un peu plus haut, déversant leur flot de touristes Chinois et ce fut pour moi le signal qu’il était temps de déguerpir de ce lieu jusqu’ici paisible.

Je longeai le lac une quinzaine de minutes sans presque croiser personne avec pour seuls bruits de fond le chant de divers oiseaux et le clapotis de l’eau contre la berge.
Les arbres avaient la générosité d’étendre suffisamment leurs branches pour offrir un peu d’ombre aux marcheurs sans pour autant les priver de la chaleur agréable du soleil.

J’arrivai à l’hôtel De Yama, dont les jardins ouverts au public sont célèbres pour leurs étendues d’azalées et de rhododendrons ; je n’y restai en revanche pas longtemps car les chemins serpentant entre les massifs étaient relativement étroits et surtout pris d’assaut. On aurait dit que tout ce que la préfecture compte de retraités s’était donné rendez-vous dans ces jardins, occasionnant des embouteillages ici et là. Ne voulant pas prendre le risque d’envoyer une grand-mère grabataire à la morgue ou à l’hôpital en la percutant avec mon sac à dos, je fis demi-tour et marchai environ deux heures jusqu’à l’embarcadère de Hakonemachi en passant par un parc puis par un ancien poste de contrôle, le onzième sur les cinquante-trois de l’ancienne route qui reliait Tôkyô à Kyôto à l’époque féodale.

Je profitai de mon passe mon monter dans l’un des simili-galions qui voguent sur le lac et rejoindre la berge opposée en une bonne demi-heure. Je ne sais pas qui a eu cette idée un beau jour ni pourquoi mais voilà, il y a des bateaux pirate sur le lac Ashi !

De là je bravai ma peur des hauteurs et du vide pour prendre le téléphérique jusqu’à la vallée volcanique d’Ôwakudani. L’odeur de soufre se fit sentir avant même de descendre de la cabine. Des émanations de fumée issues de cette zone aride et caillouteuse s’élevaient vers le ciel, portées par un vent froid et violent dû à l’altitude.
Je ne m’attardai pas car tous les chemins de randonnée avaient malheureusement été fermés en raison de l’activité volcanique agitée.
J’achetai la spécialité locale, des œufs cuits dans l’eau des sources chaudes et dont la coquille prend une teinte noire en réaction au fer et au soufre contenus dans l’eau.
La légende dit que manger un de ces œufs prolonge l’espérance de vie de sept ans !

Je repris le téléphérique jusqu’au terminus puis le funiculaire pour redescendre jusqu’à la petite ville de Gora. La ligne est bordée d’hortensias qui doivent offrir un spectacle magnifique au moment de la floraison. Je crapahutais un bon moment avant d’atteindre le parc dont l’accès est gratuit pour les détenteurs du passe. C’était le premier jardin à l’occidentale où j’allais depuis mon arrivée au Japon et l’un des plus jolis et charmants que j’ai pu visiter dans ma vie. Il est agencé en dénivelé sur plusieurs niveaux, son point central étant une jolie fontaine entourée de tables et de parasols. Un salon de thé se trouve juste à côté et sa terrasse surélevée offre une vue panoramique sur les montagnes environnantes. Entre la roseraie, les azalées, le dédale de serres comprenant de magnifiques bougainvillées, les pensées et la glycine sur treillis je ne savais pas où donner de la tête. Dans l’enceinte du parc se trouvent également deux pavillons mettant à l’honneur l’artisanat local, soit au moyen de démonstrations, soit par la vente d’objets.

J’aurais pu passer une journée dans ce petit parc sans m’en lasser mais l’après-midi touchait à sa fin et j’avais beaucoup de chemin avant de rentrer. Je retournais dans un premier temps à Hakone-Yumoto et décidai de faire une halte par une source chaude.
Je choisis un établissement idéalement situé près de la gare et où je pouvais obtenir une réduction avec mon passe.

Après coup, j’aurais mieux fait de m’abstenir. Pas parce que l’endroit était extrêmement vétuste (ça ne me dérange pas et j’y trouve même un certain charme) mais parce que le bain était très peu profond, la vue bouchée et que je peux avoir mieux pour moitié prix bien plus près de la maison. Je ne suis même pas sûre que l’eau ait eu de quelconques bienfaits. Mais enfin, après 15 km de marche, c’était un petit moment de détente bienvenu avant de reprendre le train du retour.

Enfin, je ne pouvais décemment pas avoir passé la journée à Hakone sans faire une halte à la boutique Evangelion* alors je m’y arrêtai, fantasmai devant des goodies hors de prix, n’achetai qu’un dorayaki marqué du logo de la Nerv à 200 yens et rentrai à Tôkyô les mollets endoloris, les bras dorés et la tête pleine de belles images.

* Neon Genesis Evangelion : série animée culte de science-fiction des années 90 dont l’intrigue est supposée se dérouler dans une Hakone post-apocalyptique.

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