Bôinbôshoku

« Bôinbôshoku » (暴飲暴食) c’est un yojijukugo.

Les yojijukugo sont des expressions (parfois idiomatiques) formées de quatre kanji.

Celle-ci veut dire « boire et manger à s’en faire péter la panse ».
J’adore cette expression, c’est mon leitmotiv, ma philosophie, mon code de conduite, le principe régissant ma vie (bref, je crois que vous avez compris). Même lorsqu’une journée s’annonce mauvaise, je me dis que je mangerai au moins deux fois et cette seule pensée suffit à me réconforter.

Français, Européens, Occidentaux, vous devez savoir une chose au sujet du Japon : ON VOUS MENT ! Quand vous pensez à la nourriture japonaise, ce qui vous vient à l’esprit en premier lieu, ce sont sûrement les sushi, les algues et le tofu. Est-ce qu’on vous parle des bouillons de nouilles à base de graisse animale, de porc pané ou de poulet frit ? Non !
Et pourtant, ce sont parmi les choses qui se trouvent le plus facilement quand on mange à l’extérieur. Lo m’a fait découvrir un restaurant à Nakano où ils faisaient absolument TOUT frire, de l’asperge au champignon en passant par les œufs de caille.

Les Japonais vouent une véritable passion à la nourriture, il suffit d’allumer la télé pour s’en convaincre : les émissions culinaires et les reportages où l’on suit tel animateur tester tel restaurant sont légions. Quant aux publicités, je n’en parle même pas…
Ils arriveraient presque à rendre une dégustation de steak pornographique et je me surprends souvent à saliver de manière inconsciente devant le poste.

J’en ai déduit une théorie qui pourrait expliquer l’intérêt réciproque et l’amitié que se portent nos deux pays en dépit de nos différences : il y a une passion commune entretenue vis-à-vis de nos gastronomies respectives.
Le Japonais aime manger autant que le Français, voire plus.

Il y a de la nourriture à chaque coin de rue à Tôkyô. Partout ! Tout le temps ! Et il y a en a pour tous les goûts. Ce qui est très dangereux pour les gens comme moi, c’est que ça n’est pas cher. On peut bien manger dehors (tant en termes de qualité que de quantité) pour 1000 yens.

Certains restaurants – de viande, surtout – appliquent le principe du « à volonté » où pour un tarif déterminé, vous consommez tout ce que vous pouvez pendant une durée limitée. Quand j’ai signé mon contrat de travail, nous sommes allées avec Lo manger un sukiyaki (sorte de fondue de bœuf) pour fêter l’événement : pendant 1h20, la viande, les œufs, le riz et une variété incroyable de légumes étaient à volonté pour une somme tout à fait raisonnable.

Côté sucre, on trouve les mêmes cochonneries qu’en Occident (et même plus encore puisque une des caractéristiques du Japon est de s’approprier les produits étrangers pour les réadapter à leur sauce). Le choix en termes de friandises purement japonaises est plus limité. Il y a les deux incontournables : le mochi (la pâte de riz) et le anko (la pâte de haricot rouge). La base, c’est de fourrer le premier avec le second mais c’est quasiment déclinable à l’infini donc on arrive à ne pas s’en lasser. J’ai développé une addiction aux dango (brochettes de mochi) recouverts de pâte de sésame noir (j’alterne avec les Choco Cro…)

Autant, si je me suis montrée tout à fait raisonnable au sujet de la boisson depuis mon arrivée ici, je ne peux clairement pas en dire autant au sujet de la nourriture.
Je ne suis pas vraiment matérialiste de base et puis je ne vois pas l’intérêt de me charger avec des babioles alors que j’ai pris peu de bagages donc je ne fais pas vraiment de dépenses… Sauf sur la nourriture où je me fais vraiment plaisir. Je dois tout de même rester vigilante car j’avais pris 7 kg lors de ma première année (dangereux, vous dis-je).

Ces derniers temps, j’ai pourtant senti que mon corps me réclamait plus de légumes.
Qui plus est, si je continuais à ce rythme, j’allais :

  1. Devenir dodue
  2. Avoir des carences
  3. Ne plus avoir d’économies
  4. Un peu des trois

J’ai donc acheté une boîte à bento au 100 yens shop, bien décidée à préparer mes déjeuners pour le travail. Le truc, c’est que je n’ai jamais été une acharnée de la cuisine. Je suis bien plus douée pour ce qui est de savourer celle des autres. Déjà en France, je devais en grande partie ma survie alimentaire à Picard. Puis je me suis rendue compte qu’il était encore moins facile de cuisiner dans un pays où on ne trouve pas les mêmes condiments ni aromates, ça implique presque de repartir de zéro, même si avec le peu que je sais, ça veut dire pas bien loin.
Je n’étais pas sûre d’en avoir la volonté mais comme je ne pensais pas tenir bien longtemps psychologiquement à base de tofu, radis, concombre et carotte crue, j’ai demandé à Google « easy and healthy japanese recipes », « cooking japanese food for dummies » et « one pot japanese recipes » (je veux bien faire des efforts mais il ne faut pas qu’en plus, il y ait trop de vaisselle, ho !)

Depuis, j’ai (un peu) progressé mais les économies escomptées ne sont pas forcément au rendez-vous. La viande est très chère donc j’en achète très peu mais ce qui est plus surprenant, c’est que les fruits et légumes le sont aussi (il faut compter en moyenne près d’un euro pour une pomme. UNE pomme !) On pourrait croire que c’est parce qu’ils sont de grande qualité mais je n’en suis même pas convaincue : il m’est arrivé d’ « oublier » plusieurs fois et assez longtemps des légumes dans le frigo et quand j’ai fini par me pencher sur leur sort, ils n’avaient pas bougé et étaient encore tout à fait propres à la consommation. Ils ne se décomposent pas. C’est louche.

Ce qui ajoute au fait qu’il n’est pas forcément facile de faire beaucoup d’économies sur ce plan, c’est qu’à Tôkyô, j’ai l’impression que tout est fait pour pousser les gens à cuisiner au jour le jour : il n’y a pas vraiment de caddies mais que des paniers, pas de parking pour garer sa voiture…
Du coup ça n’est pas pratique pour planifier ses menus à la semaine.

Mais peut-être qu’au fond, ces derniers paragraphes ne sont que l’avis très biaisé d’une fille très paresseuse qui n’aime vraiment pas faire la cuisine…

8 commentaires sur “Bôinbôshoku

  1. Dis-donc ma Filoute, à ce rythme, on va bientôt pouvoir te re-nommer la dodue !!! Quelle goulue ! Ce n’est pas moi qui te critiquerai parce que j’aime manger, plutôt sain d’ailleurs, mais ça n’empêche pas d’être gourmande 🙂
    Profite mon ange, profite. Bisous gloutons

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  2. New York has cheap food also almost everywhere. I actually tasted the 1 dollar pizza from the corner vendor… and it was quite good.. I even had a second slice.

    Coming to food, maybe the Japanese and the French have something in common… they are both convinced that their food is the best in the world…. but the Japanese are wrong … and the French are right for once.

    I watched a documentary a few years back on Japanese knife making… unmistakebly the best in the world….at one point, a Japanese chef said that thein knives had to be better because their cuisine was more refined, and therefore needed better knives …..the Frenchman in me of course was revolted, and I turned the TV off.

    I’m hungry… I’m going to get something to eat.

    Aimé par 2 personnes

    1. Maybe I would have been revolted as well but since they are deeply different, I think there is no point comparing French and Japanese cuisine. Let’s just enjoy both!

      Aimé par 1 personne

  3. Manger de tout au coin de chaque rue (et entre les coins) pour peanuts et depenser une fortune en viande et legumes au supermarche? Il y a fatalement qqchose de louche la-dessous. Etrange aussi que les legumes refusent de pourrir. Il doit y avoir du fuck-a-chinois la-dessous.
    Tout de meme, tu devrais pouvoir te faire des salades (carottes rapees, tiens) de temps en temps, et je te recommande vivement une ou deux cuiller a soupe de daikon frais rape mele a une tombee de tamari quand tu dois manger gras. Profite ma belle, profite!

    Aimé par 1 personne

    1. Parfois je me dis que c’est peut-être fait pour encourager les gens à sortir de chez eux ! Après, cuisiner maison reste toujours moins cher que manger à l’extérieur, mais ce que je voulais dire dans mon post, c’est que l’écart de prix n’était pas aussi flagrant qu’en France.

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  4. On m’a par contre rapporte qu’il fallait par contre depenser une putain de fortune des que tu voulais te taper un restau frequente par les beautiful business people. T’en sais quelque chose? En ce qui concerne la France, je suis affole par les prix dont on me parle supermarches et marches confondus. Mais c’est peut etre parcequ’ici presque tout est bon marche.

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    1. Hum non, je ne sais rien à ce sujet et je ne m’intéresse pas aux beautiful business people mais ça n’aurait rien de surprenant. Si les prix de la France t’affolent, tu ferais un infarctus en voyant ceux du Japon ! Quand je mange une pomme en France c’est pour combler une fringale, ici c’est quand j’ai quelque chose à fêter (j’exagère à peine :p)

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