Le festival de la quéquette

Le 1er avril, je suis allée à Kawasaki assister au festival de la quéquette et non, ça n’est pas une blague.

Chaque année, pendant le premier dimanche d’avril se tient au sanctuaire Kanayama le Kanamara Matsuri, soit la « fête du phallus de fer ».

Les matsuri sont des fêtes populaires traditionnelles qui ont lieu quasiment tout au long de l’année à divers endroits du Japon et qui sont étroitement liées au culte shintô (la religion endémique du Japon à laquelle s’est mélangé le bouddhisme au fil des siècles).

En l’occurrence, le Kanamara Matsuri célèbre la fertilité. Et quoi de mieux qu’un zizi géant pour illustrer ce concept ? Trois zizis géants !

Le sanctuaire abrite ainsi trois phallus de taille plus qu’honorable :
– le plus ancien, fait de bois, que les gens peuvent chevaucher pour mettre toutes les chances de procréation de leur côté ;
– celui en fer noir (peut-être celui de la légende ci-dessous) ;
– le plus récent, d’un rose et d’une turgescence tout à fait kitsch

Les festivités durent toute la journée mais le point culminant se situe aux alentours de midi, lorsque a lieu la procession des trois mikoshi (autel portatif abritant une divinité – en l’occurrence, les zizis) défilant dans la ville.
Dans le shintoïsme, le sexe représente la vie et ne souffre pas de cette étiquette sale et honteuse qu’ont pu lui coller certaines religions d’autres contrées…

Il y a quelques siècles de cela, les prostituées se rendaient au sanctuaire Kanayama pour prier afin d’être protégées des maladies vénériennes.
Une légende raconte aussi qu’un démon aux dents acérées avait élu domicile dans le vagin d’une jeune femme dont il était amoureux, castrant ainsi tous les hommes qui osaient s’aventurer dans l’intimité de la pauvre possédée.
Elle fut délivrée du mal par un artisan qui forgea un phallus en fer pour casser les dents du démon. L’objet est depuis devenu un sujet de dévotion.
Le centre du sanctuaire représente d’ailleurs une forge et on peut apercevoir une enclume d’une drôle de forme dans une des annexes.
Aujourd’hui, les gens viennent prier à Kanayama pour un mariage heureux, un accouchement facile, une bonne entente entre époux, entre autres…

Par extension, le festival est devenu un emblème de la communauté LGBT et une partie des recettes engrangées bénéficie à la lutte contre le sida.
Le phallus rose bonbon, le plus récent des trois, a d’ailleurs été offert au sanctuaire par un club de Drag Queen nommé Elizabeth et il est porté lors du défilé par des hommes arborant des tenues féminines (ou inversement).

Comme je travaillais le matin, j’ai hélas raté la procession et n’ai pas pu profiter du spectacle des gens portant ces énormes quéquettes tout en scandant des dévotions à leur gloire reproductrice, mais il restait néanmoins de quoi satisfaire ma curiosité à mon arrivée vers 14h30.

Les trois mikoshi avaient déjà regagné leurs petits hangars respectifs dans l’enceinte du sanctuaire, sous bonne garde d’un homme affublé d’une espèce de tenue de policière de l’espace (?!)

Il restait pas mal de monde dont une bonne moitié de touristes.
Le bruit de ce festival pour le moins insolite pour nous autres Occidentaux a dû se répandre allégrement à l’étranger au fil des années.

J’ai pris mon temps pour déambuler au milieu des stands.
Partout, des sexes ! Sur des t-shirts, des sacs, sous formes de bougie, de friandises, en motif sur des petits torchons et j’en passe…
La queue pour le stand de sucettes été démesurément longue (sans mauvais jeu de mots).
Tout était prétexte à célébrer le divin organe.

Une estrade avait été installée dans l’enceinte du sanctuaire où jouait un groupe de rock tandis qu’à l’autre extrémité on pouvait assister à un concert de wadaiko, les tambours traditionnels.

Ici se tenait un concours de sculptures de légumes (je vous laisse deviner de quelle forme), là un groupe de jeunes « militaient » pour la réhabilitation du fundoshi, le sous-vêtement traditionnel japonais. Prêts à tout pour soutenir leur cause, l’un offrait des photos en sa compagnie quand l’autre proposait que l’on touche ses abdos gratuitement (et il avait des arguments. Mais non.)
Ici encore, un homme vêtu d’un kimono aux couleurs vives avait la tête recouverte par un masque phallique et arborait un godemiché à sa ceinture avec pas moins de panache qu’un samouraï n’en aurait eu avec son sabre. Il était en pleine conversation avec un travesti d’un certain âge vêtu d’un uniforme de lycéenne.

Quant à la population, il y avait de tout : des gens venus en couple, d’autres entre amis, des jeunes, des vieux, des enfants. J’admets d’ailleurs que ça me perturbait un peu de voir des mamies et des tout-petits se balader en dégustant leur sucette en forme de zizi. On ne balaye pas d’un revers de main des siècles d’héritage moral judéo-chrétien !

Et le plus surprenant malgré le contexte : pas de dérapage, pas de commentaire salace, mais une ambiance vraiment bon enfant en dépit de ce gigantesque n’importe quoi.

J’ai prié en lançant une pièce pour que si j’aie des enfants un jour, ils soient bien portants, je me suis amusée à lire quelques souhaits que les gens avaient suspendu sur des petites plaquettes en bois ici-et-là et je suis rentrée.

Mention spéciale à une certaine Sumire qui priait pour « avoir le plaisir de rencontrer un zizi bien vigoureux et non porteur de maladie ».

 

 

 

5 commentaires sur “Le festival de la quéquette

  1. Sweet lord… I have so many comments on this… I wouldn’t know where to begin, or even if they would be appropriate.

    Maybe a little story instead….. that of Tarzan… who was known for many things, including his famous « yell » as he swung from tree to tree … or to call out the animals…..but what was the origin of this « yelling » ??

    Well, as it happens, Jane was simming one day, and suddenly felt a cramp in her left leg… and was about to drown… so she shouted for help.

    Tarzan, who everyone knows is 50% ape, 50% lion and 200% MAN, heard the cry of his darling Jane, and grabbed the first vine he could find, and swung as fast as he could from tree to tree, until he managed to get directly above Jane (who had apparently managed to stay afloat during all this time).

    In a very calm and determined voice, Tarzan said to Jane….. »I’m here…. hang on to what you can !! »

    Aimé par 1 personne

  2. Salut Camille,ce blog sur la quéquette est absolument savoureux,bien écrit et formidablement subtil ce qui ne m’étonne pas de toi,tu es pétrie de talent.Tu devrais organiser des voyages sur ce thème afin que toutes celles et tout ceux qui sont en mal de ce formidable objet puissent enfin trouver le graal car comme disaient les NULS à l’époque « le bonheur c’est simple comme un coup de qu…..e.
    Content de voir que tout va bien pour toi et bonne continuation.

    Aimé par 2 personnes

    1. Bonjour Eric ! Merci pour les compliments, ça me fait plaisir que tu lises un peu mes aventures. ^^ J’espère que tout va bien pour toi ! Bises

      J'aime

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