Un mois déjà…

Certes, au moment de la publication de cet article, il se sera écoulé un peu plus d’un mois depuis mon arrivée mais j’avais envie de faire le point sur ce mois de mars.

Même si les doutes que j’ai pu avoir lors de mes premiers jours à Tôkyô ont disparu, je ne suis pas certaine de rester un an pour autant.
Je n’en aurai peut-être ni l’envie, ni les moyens.
Comme le but à long terme n’est pas de squatter au Japon mais de faire des progrès en langue, multiplier les contacts et rentrer, une année entière n’est pas forcément nécessaire.
Je vais peut-être faire mes deux mois et demi à Tôkyô et barouder ensuite avec le reste du budget que j’avais alloué à ce projet jusqu’à ce que je n’aie plus de sous et rentrer.
Il est encore trop tôt pour le dire.
Dans tous les cas je serai partie donc je n’aurai rien à regretter mais je ne me vois finalement pas m’éterniser.

D’ailleurs, à propos des contacts, je dois avouer que je suis un peu perdue.
J’ai eu la chance de partir avec beaucoup de coordonnées de personnes à joindre sur place ou en France. Je sais bien que le réseau est la clé pour un travail autrement plus intéressant qu’un job alimentaire. Mais concrètement, les contacts, on en fait quoi ?
On se présente, et après ? Si on n’a rien à leur demander, les choses risquent d’en rester là mais en admettant qu’on ait quelque chose à leur demander, n’est-ce pas un peu grossier, comme ça de but en blanc ?
Tout ceci est bien compliqué pour moi et j’avoue envier les gens qui ont des facilités naturelles pour le contact humain et qui ne se posent pas ce genre de question…

Je pense souvent à mes proches mais je me suis habituée à leur absence.
Internet rend les séparations beaucoup moins pénibles. Je me réjouis du moment où je les retrouverai mais d’ici-là, le quotidien se chargera de nous maintenir bien occupés au point d’en oublier le temps qui passe, d’un côté comme de l’autre. Je sais qu’ils vont bien et ça me suffit. Il faut bien admettre que les séparations sont quand même plus faciles pour ceux qui partent que pour ceux qui restent parce que pour ces derniers, la vie reste la même avec une absence à supporter tandis que pour les premiers, tout n’est que découvertes et adaptation à un nouvel environnement.

Autrement, sur des considérations beaucoup plus triviales, la musique m’a beaucoup manqué ! Je suis partie sans ma carte SD en pensant que je n’aurai qu’un téléphone basique et je n’ai rien sur mon ordinateur car sa capacité de stockage est peu élevée et je ne voulais pas l’encombrer. Je pensais naïvement que ça ne me poserait pas de problème et que j’occuperai mon esprit à autre chose. Erreur. Je ne suis pas sûre que l’humain puisse survivre psychologiquement très longtemps sans musique (tiens, ça sonne un peu comme un sujet de philo). J’ai été sauvée de la folie par une amie qui est venue passer des vacances à Tôkyô et qui m’a rapportée ma carte SD.
Quand je l’ai recueillie au creux de ma main, je me suis sentie un peu comme Gollum saisissant son précieux Anneau.

Le cinéma me manque beaucoup aussi. Enfin, voir des films. Bien qu’ayant une carte UGC Illimité, je ne réalisais pas à quel point ce loisir était ancré dans mon quotidien.
C’est encore plus cher à Tôkyô qu’à Paris (comptez 1800 yens pour une place, soit pratiquement 14 euros) et en dehors des blockbusters qui bénéficient d’une date de sortie internationale, il n’est pas rare que les films étrangers sortent ici avec plusieurs mois de retard par rapport à la France.
J’ai craqué depuis et ai testé le nouveau complexe de Shinjuku (celui qui est pris d’assaut par Godzilla). Le mercredi, c’est le « Ladies Day » et les femmes ne paient que 1100 yens leur place. Oui c’est injuste pour ces messieurs et non je ne sais pas pourquoi mais tant mieux si ça peut me permettre d’assouvir mes pulsions cinématographiques de temps en temps.

A défaut de cinéma, je regarde parfois la télé avec Lo. C’est un bon apprentissage.
Hélas, je comprends le contenu des émissions qui ne volent pas très haut mais dès que l’on passe aux informations, je suis complètement larguée.
Et il y a tellement de publicité ! Quand je pense qu’on se plaint en France, nous passons vraiment pour des petits joueurs en comparaison.
Faut prévoir trois heures pour regarder un film et j’exagère à peine.
Enfin, j’aurais quand même retenu que ce qui a beaucoup obsédé les Japonais durant le mois de mars, c’était les jours de pic d’allergie au pollen (que j’ai fini par subir moi aussi, dans une moindre mesure), le suivi des relations entre les Etats-Unis et la Corée du Nord (la peur latente de se prendre un missile est bien palpable) et, bien entendu, les prévisions pour la floraison des cerisiers. Sujet de la plus haute importance.
Je me demande si les météorologistes qui se trompent sont ensuite rétrogradés ou mis au placard. Je demanderai à mon copain d’Okinawa rencontré dans l’avion.

Au chapitre des loisirs, j’adore ne pas savoir ce que je vais faire de mes journées de congés ou de mes après-midi, pouvoir décider le moment-même.
Au quotidien, entre ses habitudes et sa vie sociale, on a rarement le luxe de se lever en se demandant : qu’est-ce que je vais faire aujourd’hui ?
C’est mon cas et j’essaye d’en profiter un maximum.
En France, mes semaines étaient bien planifiées, parfois longtemps à l’avance, et même si c’est stimulant d’être occupé, c’est aussi très reposant de ne pas savoir de quoi demain sera fait. Je pense que c’est l’un des avantages d’un début de vie à l’étranger.
C’est parfois un peu dur de ne parler à personne entre le moment où je quitte le travail et celui où je vais me coucher (car si Lo rentre un peu tard, on ne se voit pas) mais j’aime la solitude et cette sensation de liberté quasi-totale sur mon emploi du temps.

En dehors de ça, j’apprécie énormément la vie à Tôkyô.
Tout est fait pour vous faciliter la vie et vous la rendre plus confortable (sauf pour le chauffage…), la réputation de qualité de leur sens du service n’est pas usurpée, les transports en commun sont d’une efficacité remarquable et tout est à portée de main. Envie d’un café à 3h du matin ? Aucun problème. Aller au supermarché un dimanche après-midi ? C’est possible. Besoin d’acheter une brosse à dents à 22h00 parce que vous venez de faire tomber la vôtre dans les toilettes (ahem) ? Vous n’avez que quelques mètres à parcourir.
La barrière de la langue ne représente même plus vraiment un obstacle car ils ont fait de gros, gros efforts depuis dix ans avec l’augmentation des touristes.
Malgré la densité de population, on ne ressent jamais d’oppression, la foule n’a pas le côté stressant et anxiogène qu’on associe aux grandes villes, d’autant que Tôkyô regorge de larges espaces piéton boisés pour peu qu’on s’éloigne un minimum des zones de divertissement.
Ce qui me manque un peu parfois, c’est de ne pas pouvoir voir bien loin à l’horizon.
Mais outre l’aspect matériel, c’est bien davantage le civisme qui est agréable : la sécurité ambiante, le sentiment de pouvoir relâcher son attention et de ne pas être sur ses gardes en permanence, la propreté de la ville, le respect des biens publics et de ceux d’autrui, le fait de savoir qu’en tant que femme, on ne va pas se faire siffler ou insulter indépendamment de la tenue qu’on porte… Je m’aventure dans des ruelles que jamais je n’emprunterais en région parisienne.
On s’habitue très facilement à tout ça et c’est plutôt le retour au bercail que j’appréhende.

Mais il sera bien temps d’y penser plus tard et d’ici-là, j’ai encore un peu plus de dix mois pour en profiter ! Et c’est bien ce que je compte faire.
 

2 commentaires sur “Un mois déjà…

  1. Quite an emotional read today… not helped by the fact that I’m listening to Jasmine Thompson’s version of Mad World at the same time.

    It made me make a strange comparison to that of running a marathon…After the first km, which is full of excitement of the starting of the race, you need sometime to really get into the race and find your pace….

    After that… things go smoothly until you hit the wall… point where your body justs wants to quit, and you have to fall back on pure will and perseverance to push through until the finish line.

    It may sound like a bleak analogy….but beyond all that, there is no other sensation in the world than that of crossing the finish line… you turn around and look behind you at the path you just followed…. and you are filled with a sense of accomplishment and bliss.

    Don’t know if this helped…or even if it was pertinent. Hope you find your pace.

    Best to you,

    Aimé par 1 personne

    1. I love the comparison and it kinda rings a bell. I’ve felt like this before and I hope it will be the same this time. Either way I’m gonna try to make the best out of this experience ; )

      J'aime

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