Nouvelles en vrac (n°1)

Et sinon, à part chercher (et trouver) du travail, m’adonner à diverses corvées administratives, me promener et passer du bon temps avec Ai et Lo, qu’ai-je bien pu fabriquer de tout ce temps libre que j’avais entre mon arrivée et maintenant ?

Eh bien, je me le demande.
Je suis toujours stupéfaite de voir la vitesse à laquelle passe le temps.
Je pense qu’on aimerait tous avoir un bouton « pause » sur lequel appuyer parfois.

J’ai beaucoup mangé (il y en a sans doute parmi vous que ça ne surprendra pas).
J’y consacrerai un article ultérieurement, mais ce pays est vraiment fait pour les gourmands.
La semaine de mon arrivée, j’étais complètement déphasée, un peu perdue et déprimée et j’ai eu une envie soudaine de râmen, ces soupes de nouilles au bouillon généralement gras agrémentées de légumes et/ou de viande. Cette envie est devenue obsessionnelle et je suis sortie en plein après-midi alors qu’il pleuvait des cordes pour l’assouvir.
C’est dans une petite ruelle discrète à deux pas du tumulte de Nakano Broadway – une sorte de centre commercial tout en dédales près de la gare – que j’ai trouvé mon bonheur.
Situé à l’angle de deux ruelles, le restaurant ne payait pas de mine : il s’agissait d’un simple comptoir. Il n’y avait même pas de mur, seuls de courts rideaux (noren) le séparaient de la rue.
J’ai dégusté mes râmen dans une sorte d’état second : je n’avais adressé la parole à personne de la journée, pas même au personnel puisque il n’est pas rare de choisir son plat sur une machine à l’entrée des établissements.
Il n’y avait pas d’autres bruits que ceux de la pluie, des nouilles qu’on égoutte et des deux autres clients qui aspiraient le contenu de leur bol.
Je suis rentrée de nuit sous une pluie battante, toujours déphasée, toujours perdue mais moins déprimée. Je ne sais pas pourquoi, mais cet épisode m’a vraiment marquée.

En dehors de ça, je suis allée trois jours – brièvement – dans une école primaire pour faire office de jury pour un oral blanc d’examen de français. C’était amusant et surtout très intéressant.
Ce n’est pas le genre d’expérience qu’on a l’occasion de faire en tant que touriste donc j’étais vraiment contente d’avoir cette opportunité.
Le système scolaire est un peu différent au Japon : la primaire dure six ans et le collège et lycée trois ans chacun. La rentrée s’effectue en avril et la fin d’année est en mars avec une coupure de deux semaines environ entre les deux, ce qui correspond peu ou prou à la période de floraison des cerisiers et donne lieu à tout un tas de symboles ou métaphores associés.
Ils ont donc les grandes vacances d’été en plein pendant l’année scolaire !
Il y a beaucoup d’établissements privés, beaucoup d’établissement non-mixtes et l’uniforme est de rigueur et diffère pour chaque école.
C’était drôle de les croiser sur le chemin de l’école, armée d’humains miniatures bien propres sur eux affublés d’un cartable identique et rutilant, à peu près équivalent à la moitié de leur taille.
J’ai été impressionnée par le nombre d’élèves, une quarantaine par classe. Pour autant, ça ne semble pas incompatible avec un enseignement de qualité.
Peut-être que la discipline est plus efficace, peut-être que le fait de faire participer les enfants au ménage de l’école les responsabilise dès leur plus jeune âge, je ne sais pas (en parlant de ménage, on ne rentre jamais dans un établissement scolaire avec ses chaussures : les élèves ont des casiers à l’entrée du bâtiment et enfilent leurs chaussons avant de pénétrer dans les couloirs et les salles).
Tout est loin d’être rose, cependant : le système est basé sur des concours qui démarrent dès la maternelle pour intégrer une école primaire et continuent jusqu’au moment d’accéder au monde de l’entreprise. Si on ne rentre pas dans une bonne école primaire, il sera difficile d’intégrer un bon collège et ainsi de suite, ce qui fait que les enfants subissent énormément de pression (et c’est un euphémisme).

Au chapitre des retrouvailles, j’ai revu trois amis dont, là encore, j’avais fait la connaissance il y a dix ans.

Miho, qui vit à Yokohama et qui continue à m’impressionner de par sa force de caractère et son aptitude à assurer sur tous les fronts. Elle est maintenant maman d’un petit Haruma, trois ans, dont elle s’occupe presque seule puisque son mari travaille à Nagoya et ne rentre que le weekend (ce n’est pas une configuration rare ici et dans certains couples, le mari travaille même parfois à l’étranger !), ce qui ne l’empêche pas de faire carrière et de s’élever au sein de son entreprise.
Comme quoi, c’est possible ! Rare et difficile, mais possible.
Et en plus, son petit bonhomme est adorable, très sage et bien élevé. Il s’est occupé tout seul pendant que nous dînions (et il faut bien l’admettre : quoi de plus pénible quand on est enfant que de passer des heures avec des adultes au restaurant ?!) Il se tenait mieux que moi qui pour le coup, avais du mal à rester en place étant donné que c’était une table basse et que nous étions agenouillés sur des tatamis. Je n’arrêtais pas de me tortiller et d’avoir des fourmis, j’ai décidément du mal à me faire à cette position…
C’est en la revoyant que j’ai seulement compris à quel point elle m’avait manqué.
Ah ce temps qui passe et ces obligations du quotidien qui rendent difficile la communication avec ceux qui sont loin…

Et enfin les inséparables Takashi et Yôsuke dont nous avions fait la connaissance avec Ai lorsqu’ils étaient venus au festival de l’université. J’avais un petit faible pour Yôsuke à l’époque mais ça n’a jamais été réciproque, il préférait Ai.
Lui aussi a dû se faire une raison puisque il est jeune marié. Je l’ai un peu engueulé pour ne pas avoir donné signe de vie lors de son voyage de noces en France, mais comme c’était du genre très, très organisé et chronométré à la minute près (à la japonaise, quoi), ç’aurait effectivement été difficile… Takashi aussi est sur le point de se marier, il attend patiemment sa copine, partie étudier en Australie. J’ai du mal à réaliser qu’une décennie s’est écoulée et qu’ils sont tous devenus adultes. En plus, ils ont encore la même tête ! Même si Ai me dit que ses premières rides ont fait leur apparition au coin des yeux, je mettrais ma main à couper qu’on lui demande ses papiers quand elle achète de l’alcool !
Eux m’ont trouvé changée : vraiment plus adulte, et surtout plus « française » (WTF?!)
Je leur ai dit que c’était sûrement à cause des cheveux courts et du fait que j’avais appris à me maquiller (à peu près) entretemps. S’en est suivie une réflexion sur le fait d’enfin pouvoir se poser après avoir atteint certains objectifs qui s’est soldée par la triste conclusion que ça n’arrivait jamais et que l’humain, bien souvent, était toujours en train de courir après quelque chose…
Yôsuke m’a demandé ce qui avait changé à Tôkyô en dix ans de mon point de vue extérieur :
– le nombre de touristes a incroyablement augmenté,
– le nombre de Chinois aussi. Ils sont partout. Ils n’achètent pas que des vignobles français, ils achètent aussi plein de biens immobiliers à Kawaguchi. Les Chinois vont être les maîtres du monde !
– on trouve moins de Fanta Grape dans les distributeurs de boissons et ça me désole car ce truc hautement chimique et très probablement néfaste pour la santé est ma boisson préférée au Japon (juste devant l’umeshu, l’alcool de prune),
– la construction de la tour Tokyo Sky Tree a été achevée,
– un gigantesque cinéma sous l’égide de Godzilla a ouvert ses portes à Shinjuku, histoire qu’il y ait un peu moins de yakuzas et un peu plus de gens normaux le soir à Kabukichô,
– une zone de réalité virtuelle a ouvert (toujours à Shinjuku) où l’on peut jouer à Mario Kart et dont l’évocation a fait briller mes yeux d’après Yôsuke.

Ai veut y aller, je veux y aller, ce sera notre prochaine sortie.
Je crois que nous ne sommes pas encore complètement des adultes, tout compte fait…

6 commentaires sur “Nouvelles en vrac (n°1)

  1. –Facce de con, c’est pas mal l’horreur ce systeme scolaire. Comment font les momes qui ne rentrent pas dans le moule? Et leurs familles? Le papa se fait hara-kiri quand le petit ramasse une bulle?
    –Et les prunes umeboshi, tu les aimes?

    J'aime

    1. Pour ceux qui ne rentrent pas dans le moule, ça dépend… Certains choisissent des écoles professionnelles et c’est tant mieux parce que la société ne peut pas être composée uniquement d’employés de bureau, d’autres font des dépressions nerveuses, d’autres encore arrivent tant bien que mal jusqu’à la fin du lycée parce que de toute façon on ne redouble pas au Japon et après ils enchaînent les petits boulots sans qualifications. Ce qui est très dur, c’est que parfois les parents finissent par se désintéresser du sort de leurs enfants quand ceux-ci ne sont pas suffisamment  » intelligents  » à leur goût.

      Je déteste les umeboshi, ainsi que tout ce qui a mariné dans du vinaigre. Bah. Beuh. Berk.

      J'aime

      1. Quelle pression sur les momes. Je serais devenu rebel voire revolutionnaire si j’etais ne au Japon. (Deja que…)
        Bon, je garde mes umeboshi mais il faut que tu aimes les moshi.

        J'aime

      2. J’adore le mochi ! C’est problématique d’ailleurs ; j’en mange presque tous les jours et je vais finir par leur ressembler à ce rythme : une boule blanche. Qu’il soit nature, fourré, mou, ferme etc. je ne m’en lasse pas !

        J'aime

  2. Interesting read…. interesting comment….change takes time…(I’m not certain we are more efficient in change here).

    I fondly remember the cherry blossoms near end of March during my childhood (a long long time ago, and in a galaxy far far away).

    How’s the job going ?

    Looking forward to your next post… it’s becoming a Sunday ritual.

    Take care

    Aimé par 1 personne

    1. Thanks for your support!

      The cherry blossoms were really astonishing… I bit early this year though. I feel sorry for the people who booked their holidays especially to see it.

      The job is going fine! You’ll have almost all the details in my next post. : D

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s