Les sousous dans la popoche

Le jour suivant cette balade, j’avais de nouveau rendez-vous à 13h30 à Asakusa, cette fois-ci pour signer mon contrat de travail.

J’étais passée en début de semaine à la banque Shinsei pour ouvrir un compte.
C’était une grande première : lors de l’année que j’avais passé au Japon en tant qu’étudiante, on m’avait fait ouvrir un compte postal dont je ne m’étais jamais servi ; je recevais mon salaire en liquide et je retirais de grosses sommes de mon compte français avec ma carte française une fois de temps en temps pour éviter d’avoir à payer trop de frais. Au Japon – alias un des pays les plus sûrs au monde – il est courant de se balader avec beaucoup d’argent sur soi car les transactions du quotidien se font en liquide. Seulement, M. Boss m’avait prévenue : j’aurai mon salaire par virement et il fallait que j’apporte mes coordonnées bancaires pour pouvoir signer le contrat.

J’avais opté pour la Shinsei, qui est connue pour être la plus accommodante envers les gaijin. La plupart des banques exigent une durée de séjour d’un an minimum, voire deux avec moult justificatifs à l’appui (il me semble même que certaines refusent carrément).

En effet, la réputation de la Shinsei n’était pas infondée : quand je pénétrai dans l’agence, la salle d’attente était remplie d’étrangers. On me demanda si je préférais la brochure d’information en anglais ou en japonais et comme la paperasse est déjà suffisamment pénible pour moi dans ma langue maternelle, je choisis l’anglais.
Il y avait pas mal de monde devant moi mais une fois en main avec une conseillère, je pus ouvrir un compte, avoir ma carte et une attestation en moins de vingt minutes.
Seul hic : il faudra que j’y retourne avec un papier de la mairie que je n’ai toujours pas reçu pour pouvoir faire des virements depuis mon compte français.
Bonne surprise : il n’y a pas de frais de fonctionnement. Je trouve ça louche et je pense qu’ils doivent se rattraper en se sucrant généreusement au passage quand les étrangers effectuent un transfert de leur compte d’origine à leur compte japonais. A étudier.
En attendant, je vais pouvoir recevoir des sous et c’est une bonne chose !

A mon arrivée au restaurant, on me fit lire des fiches qui reprenaient le code du travail couplé au règlement intérieur, je dus signer une clause de confidentialité (du coup je ne pourrai peut-être pas vous en dire beaucoup…) et enfin, le contrat !

Bien évidemment, je n’y comprenais pas grand-chose. Avec mon niveau de japonais écrit actuel, je peux lire des livres pour enfants et des mangas, mais ça ne va pas tellement plus loin. Alors un contrat bourrés de clauses et d’alinéas…

M. Boss me dit en pointant deux lignes du doigt : « quand vous signez un contrat, le plus important, ce sont ces deux champs : le lieu de travail et la fonction.
Faites attention, qu’on ne vous envoie pas faire le ménage à Obihiro ! (c’est tout au nord, sur l’île d’Hokkaidô)
– D’accord, merci, je serai vigilante.
– Bien. Quelles sont les trois choses qu’on ne doit pas apporter au travail ?
– Euh… De l’alcool, des armes et des produits dangereux, répondis-je bêtement en reprenant ce que j’avais lu dans les fiches.
– Certes, mais non. Ici, on n’apporte pas ses idées politiques, ni sa religion et surtout, surtout, on ne parle pas de football ! C’est la règle d’or !
– De football comme dans football avec un ballon ?
– C’est ça. On a eu des problèmes lors de la Finale de la dernière Coupe du monde : dans le staff, il y avait un Français et un Allemand. Ils se sont fusillés du regard pendant tout le service et la qualité en a pris un coup. Donc, pas de football.
– Pas de football.
– Ensuite, nous sommes au Japon, donc nous parlons japonais. Anglais éventuellement et les autres langues uniquement en cas d’urgence !
– Compris.
– Vous n’avez pas de problème avec le fait de vous lever tôt ?
– Non, au contraire, je préfère. »

C’est sur cet échange qu’il fut décidé d’un commun accord (je le précise, parce que vu la façon dont je le retranscris, le ton a l’air assez expéditif mais il n’en était rien) que je travaillerai sur une base de 28h hebdomadaires, de 7h00 à 12h30 ou 13h00 pour le service du petit-déjeuner.
Ce n’est qu’un temps partiel mais c’est mieux car le travail à temps plein est taxé à hauteur de 20%, du coup il faut vraiment faire beaucoup d’heures pour se dégager un salaire intéressant. C’est parfait pour moi qui suis du matin et surtout, ça me laissera plein de temps libre l’après-midi pour continuer à explorer Tôkyô.
Comme le standing est assez élevé, le salaire l’est aussi, avec un bonus pour les heures effectuées avant 9h00. C’est une très bonne surprise puisque l’annonce d’Hello Work indiquait un taux horaire inférieur. M. Boss m’expliqua que c’était volontaire, pour éliminer les candidats attirés uniquement par l’appât du gain.
En plus, les frais de transports sont remboursés.

Je chercherai peut-être un petit complément de salaire pour un ou deux après-midi par semaine quand j’aurai pris mes marques. Il vaut mieux que j’assure mes arrières car si déjà on m’a fait comprendre qu’il était difficile de trouver un boulot pour une courte période à la capitale, j’appréhende un peu ce qu’il en sera dans le reste de l’archipel.
Je suis d’autant plus reconnaissante à M. Boss de me donner ma chance !

Deux points m’inquiétaient cependant : allais-je réussir à faire un nœud de cravate décent (élément de l’uniforme) et aurais-je ne serait-ce qu’une minuscule pause histoire de grignoter quelque chose en milieu de matinée ? Mon métabolisme brûle tout, tout de suite ; je ne peux pas rester six ou sept heures sans manger, c’est impossible autrement je risque de tomber dans les pommes. Lors de mon précédent emploi, j’avais transformé l’un des tiroirs de mon bureau en garde-manger au fil du temps, mais là…
Pour le premier point, je me dis que YouTube et ses nombreux tutoriels serait mon meilleur allié. Quant au second, le bras droit de M. Boss me rassura en m’expliquant qu’en-dessous de six heures de travail, une petite pause était tolérée mais pas obligatoire, contrairement à celles des journées de travail supérieures à six heures.

J’étais étonnée d’apprendre que dans ce pays connu pour son acharnement au travail, les pauses soient carrément obligatoires. « Justement, me dit-il, le Japon a eu trop de problèmes avec ses morts par surmenage professionnel (karôshi). Du coup, si l’on est censé avoir une heure de pause, il est interdit de reprendre son service à 59 minutes.
Il est même tacitement encouragé de déborder un peu… » Intéressant.

Ce rendez-vous avait finalement duré près de 2h30, aussi, et pour souligner ce que je viens d’expliquer, je mourrais de faim.

Comme Asakusa est un nid à touristes et que je m’étais fait avoir la fois précédente en payant plus de 1000 yens mon bol de râmen (qui est quand même un des plats populaires par excellence), je décidai d’aller au MacDo, ne serait-ce que par curiosité vis-à-vis de la carte locale (ne me huez pas).

Le Hamidasu Ham Teritama avec son jambon et son œuf en plastique dégueu une fois avalés, et puisque j’allais passer un petit moment dans ce quartier, je me promis de me renseigner sur les bons petits restaurants du coin pour ne plus avoir à subir ce genre de drame alimentaire.

6 commentaires sur “Les sousous dans la popoche

  1. Mr Boss seems like a funny guy…. I wonder if he will really manage to make it through the summer without mentionning football – Japan will be playing Columbia on June 19, Senegal on June 24,and Poland On June 28th.

    Also,does Mr. Boss’s rule also apply to Rugby ? That’s going to be really difficult to enforce… especially next year ! I might even be tempted to go to Japan myself. (https://www.rugbyworldcup.com/?lang=fr)

    Keep writing ! Very enjoyable reads 🙂

    Best to you

    Aimé par 1 personne

    1. He is! I don’t know if he’ll manage to make it through the summer because I’ll be gone by then!
      As for rugby, he didn’t mention anything about it but I guess it’s OK, considering that rugby’s supporters are usually way more civilized than football’s supporters :p

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  2. Demande quand meme a ta banque locale sous quels delais les fonds que tu recevras de ta banque francaise seront disponibles. Il pourraient tres bien arriver rapidement et tu pourrais tres bien les voir sur ton compte online, mais sans pour cela qu’ils soient disponibles. Ca depend des banques et c’est un coup a se retrouver a decouvert des le debut. Donc, gaffe.
    Mc Do… Tsss, tsss, tsss.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour l’avertissement ! En fait, je crois que je ne vais rien transférer du tout. Le compte me servira pour l’argent que je gagne ici, mais pour ce qui est des sous français, je me contenterai de gros retraits ponctuels. Avec les JO 2020 qui approchent, il est devenu bien plus facile de trouver des distributeurs acceptant les cartes étrangères (c’était la misère il y a dix ans…). Les frais côtés japonais sont dérisoires et j’ai souscrit une formule spéciale auprès de ma banque avant le départ pour que ça ne me coûte pas les yeux de la tête… L’un dans l’autre, ça devrait le faire !

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