» Dôzo yoroshiku onegai itashimasu « …

…est une expression (très) polie que l’on traduirait par « je m’en remets à vous/à votre bienveillance ».

On l’utilise souvent pour conclure sa présentation lorsque l’on fait la connaissance de quelqu’un. On peut également l’entendre à l’issue d’un entretien d’embauche favorable. Vous voyez où je veux en venir ?

J’avais donc rendez-vous samedi à 13h30 avec le manager du restaurant d’un hôtel du quartier très touristique d’Asakusa. Pas la porte à côté, mais pas le bout du monde non plus, il y en avait pour une petite heure porte à porte.

Echaudée par mes récents problèmes d’orientation dans la capitale, j’avais prévu d’arriver une bonne demi-heure à l’avance pour anticiper d’éventuels égarements. Finalement, je m’orientais à peu près dans la bonne direction dès le départ et le problème qui se présenta à moi fut plutôt de parvenir à me frayer un chemin à travers le flot de touristes.

Leur masse était tellement dense que je n’arrivais au rendez-vous que dix à cinq minutes à l’avance.

Un formulaire (encore un !) avait été déposé sur une table à mon intention et on m’invita à le remplir le temps que le manager (appelons-le M. Boss) me reçoive. Je fis de mon mieux mais je ne connaissais pas tous les kanji. La plupart des informations demandées reprenaient celles du CV en mettant l’accent sur des aspects tels que le temps de trajet depuis chez soi, le salaire espéré et les préférences en termes de plage horaires.

Je n’eus pas vraiment le temps de stresser puisque M. Boss me rejoignit presque aussitôt.
C’était un homme entre deux âges, d’une corpulence plutôt au-dessus de la moyenne et à l’air avenant (voire jovial). Il ne me demanda pas quelles étaient mes motivations mais chercha plutôt à savoir ce que je pouvais faire. Au fil de l’entretien, il remplissait les champs que j’avais laissés vides sur le papier.
Il insista surtout sur la façon dont il voyait l’ambiance au sein de son équipe :
« Vous avez l’air de connaître le Japon donc vous devez déjà en avoir conscience mais ici, c’est l’esprit d’équipe qui prime. Il n’y a pas de place pour l’individualisme.
Seul, on n’arrive à rien, même en faisant de son mieux : c’est l’union qui fait la force et donne de bons résultats.
Ce que l’on attend d’un client, ce n’est pas qu’il nous laisse beaucoup d’argent, c’est qu’il soit satisfait. Et un client satisfait, cela commence par une équipe satisfaite. Vouloir l’un avant l’autre, cela reviendrait à mettre l’après-shampooing avant le shampooing lui-même, ça n’a pas de sens, c’est contre-productif. » (Oui, il a vraiment utilisé cette comparaison.)

(En me remémorant la scène pour écrire cet article, je réalise que j’ai commis un impair : je lui ai tendu ma carte de résidente et mon passeport des deux mains. Or, toujours dans un souci d’humilité et de respect, l’usage veut que l’on tende d’une main et que l’on réceptionne des deux mains. En plus, j’ai bafouillé des bêtises puisque je lui ai dit que lors de mon précédent emploi, je travaillais pour une société qui fabriquait et distribuait toutes sortes de cheveux (kaminoke) au lieu de papiers (kami) – rétrospectivement, je comprends mieux son air dubitatif. Et ça explique peut-être le choix de la comparaison…)

Je lui répondis que je comprenais très bien, je fayottais même en lui disant qu’en France nous avions un proverbe sur la qualité qui prime sur la quantité. Il continua pendant un petit moment à me parler de l’équipe et m’apprit que la trentaine d’employés travaillant pour le restaurant ne représentait pas moins de quatorze nationalités différentes !
Ça promettait d’être intéressant et enrichissant. Ils avaient déjà eu des Français et il sembla un peu inquiet en voyant que je venais de Paris : « ah, on a déjà eu des petits soucis avec les Parisiens, ils sont trop fiers, trop hautains… »
Il avait l’air de ne plaisanter qu’à-moitié alors pour désamorcer tout problème, je lui répondis que j’avais grandi à la campagne et que Paris était un mal nécessaire pour des questions d’emploi.
En tout cas, j’eus l’air de le convaincre puisque il me présenta son bras droit avec qui j’eus aussi un mini-entretien ainsi que d’autres membres du staff qui tous me parurent sympathiques. J’eus d’emblée un bon pressentiment et il faut croire que c’était réciproque puisque il fut décidé que je commencerai dimanche prochain !

M. Boss s’excusa presque en m’expliquant que, ne restant que peu de temps, je n’aurai pas un poste très intéressant puisque ceux-ci nécessitent un minimum de formation. Mon rôle consistera donc à me tenir à l’accueil et à saluer les clients, prendre leur ticket pour le petit déjeuner (ou leur faire une facture s’ils l’ont oublié ou s’ils n’ont pas réservé et la transmettre à la réception) puis les confier aux bons soins d’un serveur.
Et c’est à peu près tout.

Je profitai de cet après-midi frais mais ensoleillé pour me promener dans Asakusa.
L’endroit est célèbre pour abriter le plus vieux temple de Tôkyô, le Sensô-ji, dédié à Kannon, la déesse de la miséricorde. Il faut dire que sa couleur rouge et sa pagode à cinq étages ne le font pas passer inaperçu. L’accès principal se fait par la porte du Tonnerre (kaminari-mon), qui est située presque tout de suite à la sortie du métro.
Le temple lui-même se trouve tout au bout d’une longue allée commerçante (nakamise-dôri) qui démarre au niveau de cette porte. Les odeurs d’encens, de bois et de paille se mêlent à celle des pâtisseries fourrées à la pâte de haricot rouge en train de cuire.

Il y a dix ans, cette allée était déjà très fréquentée mais aujourd’hui, elle est quasiment devenue impraticable tant les touristes s’y pressent. Il n’est vraiment plus agréable de s’y promener, ou peut-être qu’il faut viser les matinées en semaine. Je fus surprise de constater le nombre de jeunes femmes portant un kimono. Ça n’avait rien d’étonnant en soi puisque le vêtement traditionnel est un aspect toujours très vivant de la culture japonaise et les occasions de le porter ne manquent pas. Mais leur nombre m’intriguait. En faisant plus attention, je me rendis compte que ces jeunes femmes étaient en fait des touristes Chinoises et Coréennes et que c’était devenu une attraction : plein de boutiques avaient ouvert, proposant de vous fournir un kimono pour la journée et de vous habiller. En y regardant de plus près, les kimonos avaient l’air un peu cheap, faits de matières limite synthétiques, bien loin du coton et de la soie habituellement privilégiés.

Je ne pus m’empêcher de trouver ça un peu dommage, même si c’est une bonne chose que le tourisme contribue à faire tourner l’économie japonaise.

C’est sur ces constatations que je rentrai à Nakano en me disant que je proposerai à Lo d’aller déguster un sukiyaki (fondue de bœuf) prochainement pour fêter l’événement.
Au Japon comme ailleurs, la viande est assez chère et je m’étais dit que ce ne serait qu’à partir du moment où j’aurai un travail que je me ferai ce plaisir.
Parfois je raisonne comme si j’avais connu la guerre. (^_^) »

Maintenant que j’ai l’assurance d’avoir un emploi (même si le contrat n’est pas encore signé, au Japon rien que le fait d’être reçu à un entretien est déjà presque une promesse d’embauche en soi – c’est ce que m’a expliqué le bras droit de M. Boss), je vais pouvoir enfin me détendre et profiter ! J’ai une fâcheuse tendance à bien trop me mettre de pression et c’est quand même dommage : je n’ai pas fait tout ce chemin pour être stressée. J’essaye toujours de me raisonner en me disant que ma vie n’est pas en jeu, que si au bout d’un moment j’estime avoir eu ma dose ou encore si je n’ai plus de sous, eh bien je rentrerai et ce ne sera pas grave. Au moins, j’aurais essayé.
Et trouver un travail à l’étranger dix jours après son arrivée, c’est plutôt bien.

Objectivement.
 

 

 

 

11 commentaires sur “ » Dôzo yoroshiku onegai itashimasu « …

  1. こんにちはいとこ
    (Hhhha google trad est magique!)

    Je viens enfin de rattraper mon retard!
    J’avais oublié comme c’est agréable de te lire, tu as un vrai talent pour embarquer ton lecteur: merci et bravo!
    La prochaine fois que tu ressens des difficultés à l’oral, imagine que tu écris😉!

    Alors, t’as commencé l’accueil des petits dej?! Hâte de lire😊.
    Tiens bon contre la cigarette, c’est la meilleure décision💪!

    Gros bisous aux algues
    (C’est bien pace que c’est toi😁)

    Aimé par 1 personne

    1. Salut cousine ! Ben dis donc, pour une fois que Google Trad ne dit pas des bêtises…
      Merci pour les compliments (*^_^)

      Je n’ai toujours pas repris la cigarette, je tiens bon, ça va bientôt faire un mois ! *\o/*
      Les petits-déj se passent bien mais il y a énooormément de choses à retenir et le langage dans lequel on s’adresse aux clients c’est presque une langue à part entière alors je bachote héhé.

      Gros bisous aux algues à toi aussi et à la famille (c’est bon pour la santé ! ;p)

      J'aime

  2. Mais tout à fait ma Camille, c’est quand même un petit exploit en soi (d’avoir trouvé un job aussi rapidement). Tu peux être fière de toi et relâcher la pression. Et puis, profite, tu es là pour ça aussi. Je te souhaite bon courage pour démarrer dimanche et je te bise affectueusement mon ange. Ah ! j’allais oublier : moi aussi je suis très fière de ma grande fille, non mais !

    Aimé par 1 personne

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