Administration et errances

J’étais donc enfin arrivée à destination !

Pendant les deux mois que je compte passer à Tôkyô, je suis gracieusement hébergée par Lo, une amie française dont j’ai fait la connaissance il y a un peu plus de dix ans, lors de mon premier séjour. Nous étions de la même université et nous étions retrouvées dans le même programme d’échange au Japon. Elle est revenue s’y établir en 2010 et enseigne le français depuis.

Quand on sait que Tôkyô est l’une des villes les plus chères au monde, on imagine un peu mieux la chance que j’ai. D’autant que l’appartement pourrait être situé en bordure de la ville, ce qui serait ennuyeux puisque la capitale japonaise est tout de même environ vingt fois plus grande que Paris. Mais non, il n’est qu’à trois ou quatre stations de Shinjuku (le cœur de Tôkyô) et le quartier est bien fourni en commerces et restaurants divers sans pour autant être trop animé.
Idéal, je vous dis. Et, cerise sur le gâteau : je peux même emprunter le vélo de Lo si je souhaite faire des économies sur le transport et/ou faire un peu d’exercice.

Ce n’est pas négligeable car il faut savoir que les transports sont assurés par des sociétés privées et peuvent donc représenter un budget assez conséquent. Contrairement à Paris où l’on peut se faire tout le réseau avec un seul ticket si ça nous chante pourvu que l’on ne passe pas le tourniquet, au Japon le coût d’un trajet est calculé en fonction de la distance parcourue… L’avantage, c’est que la qualité de service est à l’avenant : ponctualité irréprochable et bonne desserte.

Le lendemain de mon arrivée, décalage horaire et fatigue obligent, je n’ai pas fait grand-chose si ce n’est un petit tour de quartier et quelques emplettes au supermarché du coin. Ça a été un premier choc : je me suis rendue compte que j’étais devenue illettrée (enfin, si l’on peut dire). Impossible de m’y retrouver parmi tous ces caractères (kanji).
Je veux dire, une carotte, c’est une carotte, que l’on soit au Japon ou ailleurs, c’est reconnaissable. Mais les sauces, les saveurs des soupes ou les ingrédients composant ce petit pané ? Je voulais acheter de la sauce soja mais il y avait des dizaines de bouteille contenant un liquide similaire ! Je me suis dit que ce serait pour la prochaine fois…
Je ne suis pas inquiète outre mesure, je sais que l’environnement facilitera l’assimilation des caractères. Ou plutôt, les fera remonter à la surface. Ils sont là, quelque part, enfouis dans les tréfonds de mon cerveau. Du moins, une bonne partie d’entre eux.

Lorsque qu’un étranger arrive au Japon pour un séjour d’une durée supérieure à trois mois, il est tenu d’aller déclarer son adresse à la mairie affiliée à son logement dans les deux semaines qui suivent son entrée sur le territoire.
Je me suis donc rendue à la mairie de l’arrondissement de Nakano le vendredi.
Une employée m’a fait remplir un formulaire, on m’a demandé si j’avais déjà séjourné au Japon et si oui, avec quel type de visa et auprès de quelle mairie et enfin, on m’a dit qu’on allait me fournir une carte de sécurité sociale.
Une fois encore, j’ai été épatée par l’efficacité de l’administration japonaise : au bout d’un quart d’heure, tout était prêt. On m’a annoncé qu’une carte avec une sorte de « numéro unique de citoyen » allait m’être envoyée à domicile dans un délai de deux semaines.
Si j’ai bien compris, cette carte est demandée lors de l’ouverture d’un compte en banque, par les employeurs et pour la souscription de certains contrats. J’ai eu un peu de mal à tout saisir mais je m’en suis globalement pas trop mal tirée.
Mieux qu’avec les kanji du supermarché !
Seul bémol : je n’ai pas eu la présence d’esprit de demander combien allait me coûter la sécurité sociale par mois. De ce que j’avais pu lire sur le Net, la cotisation est calculée en fonction des revenus de l’assuré, ce qui tourne autour de 1400 ¥ pour les gens dans ma situation. Ce système couvre 70% des frais de santé et l’assuré ne doit donc payer de sa poche que 30%. C’est plutôt raisonnable et très avantageux car les frais de santé sont eux aussi assez élevés.
Cette assurance vient en complément de l’assurance voyage à laquelle j’ai souscrite qui couvre les accidents, le rapatriement ou la responsabilité civile mais pas les bobos du quotidien. J’espère ne pas avoir de mauvaise surprise quand je recevrai l’échéancier…

Je devais ensuite retrouver Lo à Shinjuku à 17h30 avant d’aller dîner avec Alex, un compatriote expatrié, seul autre Français que je fréquentais ici il y a dix ans.
Profitant du beau temps, j’ai voulu m’y rendre à pied mais c’était sans compter sur mon absence légendaire de sens de l’orientation.
Au bout de deux heures de marche, constatant amèrement que je ne me rendais pas du tout vers des buildings mais plutôt vers des quartiers résidentiels semi-déserts, j’ai fini par m’avouer vaincue et prendre le bus puis le train pour ne pas arriver en retard…

Shinjuku était égale à elle-même, telle que dans mon souvenir : une fourmilière grouillante cernée par de grands immeubles ornés de néons multicolores et parfois clignotants, un temple de la consommation avec des tentations à chaque coin de rue et à chaque étage, tout concourant à vous faire dépenser un maximum d’argent.

Nous sommes allés dîner dans un des restaurants fétiches d’Alex qui propose des spécialités d’Okinawa. Il paraît que c’est dans cette île située à l’extrême sud du Japon que l’espérance de vie est la plus longue, notamment grâce à leur nourriture.
Je me suis régalée d’algues, tantôt en beignet, tantôt nature à tremper dans de la sauce vinaigrée, de riz assaisonné aux légumes, de patate douce panée, de porc mariné fondant et de concombre amer sauté au tofu.

J’étais bien contente de retrouver Alex, qui même s’il est devenu un salarié modèle à la japonaise, n’a pas foncièrement changé ! Il semblerait qu’il ait développé une passion pour Okinawa pendant cette dernière décennie car il m’en a fait la promotion une bonne partie de la soirée. J’ai fini par me demander s’il avait des parts dans une agence de voyage. 😀 Entre ça et la rencontre avec Yasunori-san dans l’avion, je me suis dit que décidément, tout me poussait vers cette île qui va vraisemblablement devenir une étape incontournable du voyage.

Nous avons conclu la soirée dignement par une petite séance de karaoké comme au bon vieux temps avant de regagner nos pénates. Ça non plus, ça n’a pas changé : je chante toujours aussi mal, et mon répertoire n’a pas du tout évolué. Je vais tenter de me mettre à jour.

Le samedi, Lo m’a montré le chemin pour se rendre à Shinjuku à pied, en suivant des petites routes peu fréquentées et nous sommes allées m’acheter un téléphone.

Le reste du temps jusqu’à maintenant, je n’ai pas fait grand-chose : j’ai du mal à m’habituer au décalage horaire (+8h) et le fait que j’aie été malade avant le départ et que le voyage ne se soit pas très bien passé n’ont sûrement rien arrangé. Je me suis surtout baladée à pied dans les environs : les pruniers ont commencé à fleurir et répandent leur parfum sucré dans mon sillage. Le printemps sera bientôt là ! C’est bon de sentir de nouveau les rayons du soleil sur sa peau.

J’ai hâte de trouver du travail car je me sens un peu seule et même si je ne m’ennuie jamais, les journées sont un peu longues. Les gens que je connais sont pris par leurs occupations quotidiennes et c’est bien normal. Je n’ose pas non plus dépenser trop d’argent tant que je n’ai pas de salaire afin de ne pas épuiser trop vite mes économies.
Il y a eu quelques soirs où j’ai eu un petit coup de déprime en mode « mais qu’est-ce que je fabrique ici alors que les gens que j’aime sont quasiment tous concentrés à 12 000 km de là ?! » Monsieur J surtout, me manque beaucoup.

Je sais que cet état d’esprit est passager et d’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, ça va déjà mieux. Je ne me suis pas retrouvée ici par hasard et j’ai en plus la chance d’y être dans d’excellentes conditions, j’imagine que j’ai seulement besoin d’un petit temps de réadaptation.

(Au fait, j’ai enfin mis quelques photos en ligne sur mon album flickr, le lien se trouve sur la droite !)

 

5 commentaires sur “Administration et errances

  1. Aaaah ! Rien qu’en regardant l’assiette d’algues à pustules, j’en ai l’eau à la bouche. Miam. on a vraiment du mal à en trouver à LFA ! Dommage et bon appétit !

    Aimé par 1 personne

  2. Salut cousine ( c’ Édouard)
    Jade et moi suivons tes aventures avec grand intérêt.
    Eu surtout Jade qui si vous déjà.
    Mais j’ai pas trouvé les lien des photos pour nous plonger encore plus dans ”les avantures de Camille ”.
    Prends soin de toi gros bisous

    Aimé par 1 personne

    1. Salut cousin et petite cousine ! Merci pour votre soutien ! :-* Normalement, mon compte Flickr est accessible en cliquant sur  » plus de photos  » dans le menu de droite. Gros bisous à vous aussi !

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